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Un soir, un livre 
  27 avril 2018




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La Promesse de l'aube
20 avril - 20h00

  Aragon en 68  
Conférence UTB

  26 avril - 20h30 
  Salle Gobetti - Hexagone - Autun 

 

 

 


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Un soir, un livre 2018

  Activité gratuite ouverte à tous.

On discute d'un livre choisi d'un commun accord auparavant.
On peut même venir juste pour attraper le désir de lire...
Pour s'informer, participer, organiser, accueillir...
Infos : Jeanne Bem : jeannebem@yahoo.fr 

 

 

 27avril avril 2018 

18 h.  -  Chez Colette, La Grande Verrière

 
  Autour  de :
Marcher à Kergelen
de  François Garde 
(Gallimard, 2018)
 

 
 
Ci-dessous le compte rendu des échanges
lors des différentes réunions, proposé par Jeanne Bem

 



  

 

 Vendredi 16 mars 2018 

Cinq ou six personnes étaient excusées, mais nous étions quand même douze à Valouze!
Pour une discussion animée et conviviale à propos du dernier Goncourt, "L'ordre du jour" d'Eric Vuillard.

"L'ordre du jour" n'est certes pas un livre de divertissement. Le sujet est austère: comment les démocraties ont été trop faibles, entre les deux guerres, et comment Hitler a construit son ascension sur la connivence avec les grands industriels allemands  et sur la lâcheté des hommes politiques. Les hommes: justement, il n'y a que des hommes dans ce livre! c'est vrai qu'à l'époque seuls des hommes étaient au pouvoir et organisaient le monde.

Tout le monde a été impressionné par la maîtrise de l'auteur quant à la composition du récit et à l'écriture.
Eric Vuillard a un style bref, brillant, cruel - il va droit à ce qui est ridicule ou sordide, il zoome sur des détails qui frappent, parfois il est lyrique (comme dans l'évocation hugolienne des "ombres" des bagnards des camps, qui ont travaillé pour Krupp - "Mais qui sont tous ces gens"?) Il s'amuse à détailler les ratés de l'Anschluss. Il réussit un chapitre hilarant, celui du déjeuner offert à Ribbentrop au 10 Downing Street par Chamberlain précisément le jour de l'Anschluss (le 12 mars 1938), Chamberlain ayant reçu une dépêche mais faisant mine de rien. Le récit de la manière dont Hitler, à Berchtesgaden, conditionne psychologiquement le lamentable Chancelier Schuschnigg, n'est pas mal non plus. Quand on lit, on pense souvent à des films, en l'occurrence ici au "Dictateur" de Chaplin.

 
 Narrativement, le récit est construit pas à pas, et avance le long de quelques dates sélectionnées, avec de courtes anticipations du procès de Nuremberg, ou d'autres qui nous emmènent jusque dans les années 1950. En 1958, des ayant droit américains de déportés juifs exploités par Krupp (mais ce "Konzern" n'était pas le seul, loin de là, comme Vuillard le souligne) demandent des réparations, et la firme les traite avec une radinerie grossière. Cela fait penser à l'excellent livre de Géraldine Schwarz, "Les Amnésiques", Flammarion, 2017.

"L'ordre du jour" est un livre très actuel. Les grands groupes des années 1930 sont toujours là. Nous achetons leurs produits. Mais comme on l'a dit dans la discussion, si les dangers sont similaires, le monde a changé, on ne peut plus s'en prendre à des messieurs en costume cravate à la tête des multinationales, les pouvoirs qui nous menacent sont multiformes et encore plus insaisissables qu'avant. On sent une grande colère chez cet écrivain et cinéaste né en 1968. "L'ordre du jour" a été écrit pour nous secouer.