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Quelque part...

Niveau 3e - sujet 1 - 1er prix

Alexis GUYON - Collège du Saint-Sacrement - AUTUN (71)

Quelque part au milieu de nulle part

Ma petite maman,

 

Je t'écris mais à vrai dire, je ne sais plus vraiment qui je suis... Un homme ? Un fantôme ? Un rat errant dans ces tranchées humides et glaciales.

Quand reverrai-je les toits de tuiles rouges de notre village ?

Quand sentirai-je l'odeur de ton parfum de violette et la douceur de tes baisers sur ma joue ?

Des milliers de questions sans réponse tournent dans ma pauvre tête. J'ai souvent l'impression que je vais devenir fou : je ne peux plus supporter le vacarme des explosions, les hurlements sinistres des mourants.

Si tu voyais dans quel état nous sommes ! Que reste-t-il de notre enfance ? Nous avons l'air de vieillards rabougris, desséchés dans nos uniformes crasseux. Nos pieds, nos mains, sont momifiés par le froid. Notre ventre malade ne supporte plus les maigres soupes, l'eau croupie.

Mon régiment n'est plus qu'une poignée de combattants courageux. Je continue de lutter contre des ennemis sournois. Je me dis souvent que certains parmi eux ont les mêmes pensées que moi : ils rêvent à leur famille, aux jours heureux.

Lorsque j'étais enfant, tu me disais qu'il ne fallait jamais baisser les bras, être confiant et croire à ma bonne étoile. Tu sais, je n'ai pas oublié ces mots... La nuit, quand seules les étoiles brillent dans le ciel, et que je vais en rampant avec mes camarades chercher les corps des blessés qui râlent, je prie la Vierge pour qu'elle me donne la force de continuer.

D'ailleurs hier, nous avons été surpris par une attaque. Je cherchais un monticule pour me protéger quand j'ai aperçu une chaise bancale, naufragée insolite dans cette mer de sang. J'ai pleuré, je t'ai soudain revue assise sur la terrasse couverte de glycines. Tu aimais tellement cette chaise fabriquée par papa ! Il l'avait faite lorsque tu m'attendais. C'est étrange, comme ici, de toutes petites choses peuvent devenir magiques et rallumer l'espoir !

Tu vois ma petite maman, je ne sais rien de l'avenir... Je voudrais tant une permission pour venir vous embrasser mais le commandant dit que les Allemands gagnent du terrain et que ce n'est pas le moment de fléchir.

Réponds-moi vite ma maman chérie ! Tes mots sont des papillons messagers de bonheur, d'espoir. Ils me donnent tant de courage pour résister à l'horreur de cet enfer qui fait de nous des victimes. Certains disent des héros ! Je me demande si cette tuerie est glorieuse !

J'aimerais tant que tu me serres dans tes bras ma petite maman. Je t'aime. Je veux te retrouver.

Ton fils qui t'aime.