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La vie est belle

Captain Tigrou (Elodie Pont) - collège Monge, Beaune, 21.

Je cours. Je dois m’éloigner au plus vite de ce cauchemar. Je longe le fleuve sans ralentir mon allure. Il n’y a personne. Essoufflée, je m’arrête enfin et m’assois sur la berge. Le souffle me revient peu à peu. Ça y est, ma vision se brouille, les larmes se déversent à flot le long de mes joues. Des larmes de rage, de désespoir, de tristesse… Toute ma colère et ma détresse s’évacuent en cascade avant de se perdre dans l’herbe et de se mélanger à la rosée matinale. Et dire qu’il y a à peine une demi-heure j’étais encore en train de déprimer car mes amies étaient toutes parties en vacances et que je m’ennuyais ! Et eux, je les déteste ! Pourquoi a-t-il fallu qu’ils se disputent une fois de plus ? Et maman qui est carrément partie chez sa sœur avec ses valises ! Et lui ! J’entends encore sa voix qui me crie de baisser la musique et d’essayer de travailler pour une fois, avant d’enchaîner sur le fait que cette fainéantise ne peut venir que de ma mère. J’en ai marre ! J’ai l’impression que tout le monde se fiche de moi. D’ailleurs, je devrais tous les laisser ! Peut-être qu’ils me regretteraient et qu’ils se sentiraient coupables ! Mes pleurs redoublent et mon corps est secoué de sanglots. Tout me semble triste et laid, j’en veux à la terre entière...

Soudain, je me sens observée. Je lève la tête et j’aperçois son reflet à la surface calme du fleuve. C’est un garçon qui doit avoir mon âge. Il est assez grand et a des cheveux bruns. Il s’avance et s’assoit sur l’herbe à côté de moi. Il ne dit rien et son regard est perdu dans le vague. Tout en lui inspire le calme et la sérénité, et sa présence seule semble avoir un pouvoir apaisant. D’ailleurs, mes larmes se sont taries. Sans se tourner vers moi, le jeune homme mystérieux me dit : « Regarde », et il désigne des nénuphars qui bordent le cours d’eau. Il y a deux papillons qui les survolent. On dirait qu’ils dansent ensemble. C’est beau. L’un se pose sur l’une des fleurs et, tout à coup, une grenouille que je n’avais pas remarquée bondit et happe l’insecte avant que celui-ci ait le temps de réagir. Surpris, l’autre tournoie un moment au-dessus de l’endroit où son compagnon a disparu, puis, résigné, il repart. « Tu vois, reprend-il, sa vie est encore plus courte que la nôtre, et il le sait, c’est pourquoi il a conscience que, malgré son chagrin, il doit poursuivre son chemin » Il marque une pause et se tourne vers moi. Waouh ! Je n’ai jamais vu des yeux pareils ! Ils oscillent entre le bleu et le vert, leur couleur indescriptible capte tout de suite mon attention. «La vie est un chemin semé d’embûches, poursuit-il, mais elle est trop courte pour qu’on prenne le temps d’y faire des pauses et de s’apitoyer sur des faits passés ; il ne faut jamais s’arrêter et toujours aller de l’avant. » Il avance sa main vers mon visage, essuie les traces de larmes sur mes joues. Mon cœur bat la chamade, mes joues s’empourprent. Nos regards se croisent et nos yeux se parlent. Chacun peut voir dans l’autre le reflet de sa propre expression ; le même sentiment s’insinue en nous et occupe chaque parcelle de notre corps. Chair de poule, cœur qui bat, immense bonheur et en même temps grande peur de se perdre : pas de doute, Cupidon a frappé ! Ses doigts effleurent mes paupières en leur intimant l’ordre silencieux de se fermer. A leur contact, je frissonne. Il prend ma main, y dépose quelque chose et me murmure à l’oreille : « Vis le moment présent sans te soucier du passé ». Au bout d’un moment, j’ouvre les yeux pour le remercier. Il est parti. Était-ce un rêve ? Quelque chose me chatouille la main. J’ai juste le temps de voir le petit papillon multicolore qui y était posé avant qu’il ne s’envole. Je regarde la nature autour de moi ; tout me semble brusquement si paisible et serein…

Silence. Laura se tourne vers moi. « Alors, tu l’as revu, vous sortez ensemble ? »

Nous nous arrêtons de marcher. « Non, je ne l’ai pas revu, mais je ne l’oublierai jamais.

- Tu lui as demandé et il n’a pas voulu sortir avec toi ?

- Non, il ne s’est rien passé d’autre que ce que je viens de te raconter.

- Comment peux-tu dire qu’il t’aimait alors ?

- Je te l’ai dit. L’amour se passe de mots, un regard a suffi. »

Je vois que mon amie est très perplexe. « Alors il ne s’est rien passé entre vous ! Et il ne t’a même pas proposé de sortir avec toi, ça craint.

- Tu ne comprends pas, pour moi, « sortir » avec un garçon ne signifie rien. La notion d’amour disparaît parce que maintenant, on « sort avec un garçon » pour frimer auprès de ses copines et montrer qu’on n’est pas coincée, ça ne rime à rien !!! Pour moi, être amoureuse, c’est éprouver des sentiments tendres et passionnés pour quelqu’un. On ne sait pas si ça va être profond et durable ou léger et éphémère. Ça peut devenir de l’amour ou s’évaporer comme un joli rêve.

- Tu t’entends parler ! Tu trouves pas que ça fait un peut vieillot tout ça !

- Peut-être, mais je persiste à croire que ce n’est pas parce qu’une fille sort avec un garçon qu’il y a de l’amour entre eux, ou qu’il faut forcément embrasser un garçon pour dire qu’on l’aime. C’est pareil, ça, en général, les filles le font juste parce qu’elles trouvent que ça fait ringard de ne pas avoir embrassé de garçon à quatorze ans, je trouve ça complètement stupide ! »

Déroutée et étonnée de l’entrain avec lequel je défends mon opinion, Laura commence à être moins sûre d’elle.

« Dans ce cas pour toi, aimer un garçon, c’est rester à côté de lui et attendre que le temps passe ! Comment veux-tu que ça marche ?

- Pas forcément, mais ça peut commencer comme ça. Ce qui est sûr, c’est qu’avant de se jeter la tête la première et de vouloir tout de suite entrer dans une relation sérieuse, il faut d’abord apprendre à se connaître, il faut être sûr de ses sentiments. L’amour, le vrai, c’est celui que l’on vivra avec une personne unique, exceptionnelle. Quelqu’un que l’on est bien en peine de décrire, mais que l’on attend. Quelqu’un qui reconnaîtra en nous celle qu’il espère lui aussi depuis toujours. Qui sera ému, touché, séduit par notre personnalité, ce que nous sommes vraiment, pas ce que nous paraissons être. »

Devant l’air dubitatif de mon amie, je poursuis :

« L’amour, c’est un peu comme une fleur, il lui faut du temps pour s’épanouir, et de l’entretien pour ne pas faner.

- Oui, tu as peut-être raison, toujours est-il que tu ne sais toujours pas qui est ce garçon ni quoi que ce soit à son sujet ! Tu n’es pas très avancée et je ne vois pas bien comment il peut y avoir de l’amour dans ces conditions là !

- J’attends, la patience est la meilleure chose à tenter. J’ai confiance en ce que nous avons ressenti.

- Je pense que tu risques d’attendre longtemps ! Mais, après tout, qui sait… »

Elle semble presque être envieuse maintenant.

Nous sommes arrivées devant chez moi. Je salue mon amie et je remonte l’allée bordée d’arbres qui mène à ma maison. Sur le perron, je trouve une lettre. Il n’y a rien dessus, mis à part deux papillons dessinés à l’encre bleue. Un sourire aux lèvres, je la saisis et je pousse la porte d’entrée. Dans le salon, mes parents discutent : ils se sont réconciliés, comme d’habitude. Je monte l’escalier, m’assois sur mon lit, la lettre à la main. Dehors, il fait beau, les oiseaux chantent… Finalement, la vie est belle…