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Voutch

Voutch a participé à la 20ème Fête du Livre en avril 2017  
 

Voutch, de son vrai nom Olivier Vouktchevitch, est un dessinateur d'humour et de presse. 

On repère ses dessins en plein d’endroits, par ex sur le site du Monde, la série s'appelle "T'es sûr qu'on est mardi ?" Un dessin par semaine. Il en a dit : « L’occasion ( enfin! ) de me lancer dans le strip. » A voir ici  voutch.blog.lemonde.fr

Et aussi chez Madame Figaro, Psychologies magazine, …

Outre le dessin d’humour, sa passion, c’est le boomerang, où il est très très bon aussi ! Dernière parution, au Cherche-Midi, sa biographie, par J.B. Moussu :

  PRIX DU LIVRE D'HUMOUR JULES RENARD 2017
décerné sur la 20e Fête du Livre d’Autun des 8 et 9 avril 2017
organisée par Lire en Pays Autunois 


  Président du jury : René de Obaldia de l’Académie française.
En présence de membres de l’Académie Alphonse Allais
 

  Extraits de L’art du boomerang, article de Masa in Les petits Miquets (2016) :

 A première vue, aucun accroc féroce dans les dessins humoristiques de Voutch.  On y glisse sur toute la longueur d’un nez, on y suit des silhouettes filiformes avant de se plonger dans la couleur ocre d’un papier peint un peu vintage, on en ressort juste pour lire une phrase en légende avant de retourner au cœur du dessin au cartouche arrondi. Idem pour le Petit traité de voutchologie fondamentale qui papillonne autour de cinq interviewes menées par Jean-Bernard Moussu ayant pour sujet l’oeuvre et la carrière de Voutch. La discussion se déroule avec légèreté autour d’un grand bol de café, elle déploie allègrement  ses variations – certaines attendues comme les différentes phases d’élaboration du dessin, d’autres plus surprenantes comme les digressions sur le boomerang du dessinateur, ex-champion de France dans la discipline.

Ce côté foutraque peut provenir de la diversité des talents de Voutch. Reconnu pour ses dessins dans la presse magazine (Lui, Télérama, le Point, Lire, Psychologies …) , cet ancien publicitaire licencié multiplie les dons. Il compose des affiches, peint des boomerangs, décore des quilles en bois de Kub, invente un jeu de cartes réversible (avec une fausse symétrie, les dessins du « haut »  et du « bas »  des cartes n’est pas le même), compose un quilt géant, sorte de patchwork de 130 x 130 cm représentant les têtes de ses personnages encloses dans des carrés de tissus cousus. Certes, cet éclectisme foisonnant témoigne d’une carrière riche et variée, mais sauter du coq à l’ âne fait aussi  partie de l’art de la conversation de Voutch.

Ici rien ne pèse, ni ne pose. Même une biographie chronologique est pleine de fantaisie. [...] Rien de plus barbant qu’un comique de profession qui s’efforce d’être drôle à chacune de ses phrases.

Ici pas de punchline, plutôt des chemins de traverse. D’ailleurs, les essais parfois ratés de Voutch font partie intégrante de l’album. […] Voutch connaît la stratégie de l’ échec, il insiste sur ses tâtonnements jusqu’à trouver son style. Nous explique sans tomber dans le pointillisme boutiquier comment il est passé à la gouache, d’abord en lavis puis en pâte. La tonalité générale du dessin créant l’ ambiance (qu’il s’agisse d’un restaurant vieillot avec son camaïeu maronnasse ou d’un bureau froid au bleu métallique), Voutch lui accorde une importance toute particulière.

Il en est venu à supprimer petit à petit le trait noir lorsqu’il s ‘est aperçu que les rapports de couleur devenaient plus expressifs en ôtant la ligne de contour. L’artiste poursuit sur la différence entre une couleur qui se contente de remplir façon coloriage et une couleur existant par rapport aux autres.

Une fois trouvée, Voutch nous expose avec simplicité sa méthode, toujours la même. Le dessinateur débute par un croquis en noir et blanc de l’idée, pour voir si elle fonctionne avec la phrase en légende déjà écrite. Question de lisibilité. Puis il enchaîne avec une mini-esquisse en couleurs. Elle sert à vérifier les masses, l’atmosphère générale et la composition, avant de passer à la gouache « en grand ». C’est à ce stade préparatoire que les couleurs peuvent changer, les personnages s’inverser, les décors se décentrer. Arrive enfin  le travail long et fastidieux de la réalisation à la peinture qui peut aller jusqu’au dégoût du dessin en cours.

A ce moment du processus, tout voutchophile convaincu a l’impression de saisir  l’art du dessinateur. Avec sa phrase aux mots soulignés, les dessins de Voutch réussissent à transcrire cette mécanique plaquée sur du vivant qui est la définition du rire selon Bergson. Englués dans leurs automatismes et dans leurs habitudes, les personnages énumèrent des chiffres au lieu d’exprimer leurs sentiments. Leurs pensées se perdent, elles s’engouffrent dans des plafonds trop hauts, des rideaux trop lourds et des moquettes trop feutrées. Les décors imposants excluent tout dialogue. Comment se parler autour d’une piscine trop bleue, trop grande, trop parfaite ? Comment se faire comprendre derrière un bureau trop large ? Chez Voutch, le mobilier isole les individus. Les objets inanimés n’ont pas une belle âme.

Du coup, les personnages ne sont ni bouillonnants, ni grouillants comme chez Sempé. Plutôt du genre coincés, ils évoquent une placidité conventionnelle à la limite de l’absurde. Ces dessins « humeuristiques » font sourire avec subtilité. Sans véritable particularité si ce n’est leur appendice nasal, les êtres humains  se révèlent plus pathétiques que grotesques. Quel miroir nous tend cet as du boomerang, lui qui maîtrise l’art du retour à l’envoyeur ?  Sous son pinceau nous sommes des animaux pétris de contradictions, pour lesquels tout finit  par s’arranger, même mal.

Il faudra bien s’y résoudre : nous sommes drôlatiques et glacés, à la façon du papier glacé des revues. Mine de rien, Voutch parvient à faire saisir la subtilité du dessin de presse. Il aborde la façon dont celui-ci doit faire écho à un sujet. Comment son dessin s’intègre-t-il au journal ? Comment illustrer un article ? Le dessin doit se tenir tout seul mais il doit en même temps se relier à un thème imposé, plus ou moins pointu. Destiné à être feuilleté, le graphisme recèle un sens de lecture qui ne tolère aucune approximation. A ce tir de pointe, Voutch excelle. Il ne craint pas de nous montrer ses balles perdues. Ainsi il nous embarque dans ses pérégrinations stylistiques et autres bifurcations de cadrage. C’est ce qui fait toute la grâce et le charme de cet ouvrage.
Sur Le Petit traité de voutchologie fondamentale, à l'usage des fans et autres voutchophiles éventuels.